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Zineb Sedira - Mother Tongue : Des filiations non retrouvées

Zineb Sedira est une artiste franco-algérienne et domiciliée à présent à Londres. Photographies, films, textes et installations composent une œuvre qui ne cesse d'interroger les mêmes questions : celles de l'immigration, l'écartement culturel, la nostalgie de l'enfance perdue ou bien les ruptures inter-générationelles. C'est sur ce dernier point que nous interpellerons son travail, et plus particulièrement, à travers l'installation intitulée Mother Tongue.1

Lorsque nous (spectateurs) rentrons dans l'espace dédiée à l'installation de Zineb Sedira, nous voyons trois écrans alignés, formant un triptyque vidéo. Chaque écran montre un dialogue filmé en plan fixe, et chaque dialogue semble être un témoignage oral de la mémoire personnelle de l'artiste. C'est plus exactement les souvenirs d'enfance de Zineb Sedira, comme ceux de l'école ou des jeudis après-midi, qui sont évoqués au travers de chaque vidéo. A gauche, nous voyons d'abord la mère de l'artiste lui raconter en arabe les anecdotes des jours sans école. La discussion est fluide, Zineb Sedira répond à sa mère en français. Sur l'écran du milieu, c'est l'artiste qui traduit à sa propre fille, les mêmes souvenirs en français. La discussion apparaît ici déjà moins évidente mais elles semblent toutes les deux se comprendre. Enfin, sur l'écran de droite, apparaît la mère de Zineb Sedira avec sa petite fille, autrement dit avec la fille de l'artiste. La grand-mère tente de raconter des souvenirs à sa petite fille mais elles ne se comprennent pas, la première parlant arabe et la seconde l'anglais. Il n'y a alors aucune possibilité de communication entre ces deux générations, c'est le silence et la solitude qui très vite s'empare de la situation. La petite fille gênée, regarde ailleurs, dans un hors champs devenant une porte de sortie à l'incommunicabilité. Nous pouvons sans doute imaginer Zineb Sedira dans ce hors champs, derrière la caméra. Elle serait la seule à pouvoir faire le lien entre ces deux générations, la seule à combler cette barrière de la langue qui devient un obstacle à la transmission de la mémoire.

Le passé de la grand-mère est visiblement le plus lointain, le plus inaccessible, et cela, même à travers un témoignage, qui plus est, une mémoire vivante. « La mémoire de la langue maternelle devient, dans le travail de l'artiste, une traduction à créer, un espace à reconstruire et une temporalité à vivre au présent. »2 Dans cette installation, l'artiste met en scène un espace géographique qui au delà de l'espace muséal, s'étend à celui de son exil, de l'autre coté de la méditerranée jusqu'à l'Angleterre en passant par la France. A travers un espace-temps pluriel, matérialisé ici par le triptyque vidéo, mother tongue devient le passage où les récits et les images se croisent et se superposent. C'est une installation qui met en scène un lieu de quête identitaire ouvert à « [...] une dynamique spatiale, comme si le va-et-vient et l'interconnexion implicite entre les images retraduisaient la fluctuation de l'exil inhérente aux destinées des différents membres de sa famille. »3 Mais cette volonté de reconstitution de la part de l'artiste, c'est comprendre malgré tout une rupture dans la filiation, un échec mis en cause ici par la langue : Mother tongue ou la langue maternelle.

1Zineb Sedira, Mother Tongue, 2002. Vidéo-projections sur trois écrans plasma, couleur, son, 5' en boucle. Collection Centre Pompidou.

2ZABUNYAN, Elvan, in Collections nouveaux médias : installations 1965-2005, cat. Paris, Éd. Centre Pompidou, 2006. p.254.

3VERHAGEN, Erik, « Zineb Sedira de l'autre côté de la mer » in artpress n° 353 février 2009. pp. 55-59.

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